Actualité Septembre 2026

Conjoncture instable : trois clés pour renforcer la résilience de son exploitation

Hausse du coût des intrants, volatilité des marchés agricoles, aléas climatiques, tensions géopolitiques : les exploitations agricoles évoluent dans un environnement où l'incertitude est devenue la norme. Trois leviers apparaissent particulièrement déterminants pour renforcer leur résilience.

Disposer d'une trésorerie solide pour absorber les chocs 

La trésorerie constitue la première ligne de défense face aux aléas. Lorsqu'un prix s'effondre ou qu'une charge augmente brutalement, c'est elle qui permet à l'exploitation de continuer à fonctionner sans remettre en cause le système. Les exploitations qui disposent d'une trésorerie suffisante ont davantage de capacité à passer les crises et surtout à s’adapter pour moins subir : achats anticipés ou groupés des intrants, report ou étalement des ventes, stockage stratégique… autant de solutions qui permettent de continuer à piloter plutôt que de subir.

Cette réserve de sécurité ne se constitue pas du jour au lendemain. Elle résulte d'une gestion rigoureuse, d'une anticipation des besoins de financement et d'un suivi régulier des indicateurs économiques de l'exploitation. Construire une trésorerie solide, c’est se donner du temps pour décider. 

Deux conseils pour bien gérer sa trésorerie :

  • Le besoin de trésorerie doit être anticipé dès l’installation et intégré au plan de financement afin de se lancer dans de bonnes conditions. 

  • La Déduction pour Épargne de Précaution – la DEP – peut être mobilisée les bonnes années pour réduire la fiscalité et constituer une épargne de précaution utile lors des périodes moins fastes.

Renforcer l'autonomie du système de production 

Plus un système repose sur des intrants extérieurs, plus il est exposé aux fluctuations des prix. Renforcer son autonomie constitue donc un levier stratégique. Cela ne signifie pas l'absence d’achats, mais la capacité à réduire certaines dépendances. Cela peut passer par le développement de l'autonomie fourragère ou protéique en élevage, la valorisation des effluents d'élevage pour limiter les achats d'engrais, l'introduction de légumineuses dans les rotations ou encore une meilleure maîtrise énergétique.

La recherche de partenariats de proximité permet aussi d’améliorer son autonomie en jouant sur les complémentarités à l’échelle d’un territoire. Au-delà de ses bénéfices agronomiques et environnementaux, l'autonomie constitue un véritable outil de gestion des risques.

Elle ne répond pas seulement à des enjeux de durabilité : elle représente aussi un facteur de robustesse économique dans un monde agricole marqué par l'instabilité.

Faire preuve d'agilité

Gérer avec agilité, c’est rester attentif aux évolutions de son environnement et ajuster ses décisions en continu sans remettre en cause les orientations stratégiques de l’exploitation à chaque retournement de marché. Concrètement, une gestion agile repose sur l’analyse régulière et fine des résultats de l’exploitation, sur l’observation des signaux du marché et de l’évolution des politiques agricoles afin de prendre des décisions plus éclairées.

Ainsi, la connaissance et le suivi de certains indicateurs de gestion, telle que la marge brute, peuvent permettre à l’agriculteur d’avoir une meilleure réactivité face aux variations du marché. En effet, l’analyse de la marge permet d’évaluer (voire d’anticiper) l’impact économique des choix techniques, d’arbitrer entre différentes stratégies de production (produire plus ou produire moins, produire de manière plus autonome…) et d’identifier rapidement les dérives de coûts. Utilisée en « mode prospectif », la marge représente donc un précieux outil d’aide à la décision en période d’instabilité des marchés.

Cette approche aide l’agriculteur à gagner en réactivité et en résilience en anticipant les changements plutôt que de tout subir.

Aucune exploitation ne peut supprimer l’incertitude. En revanche, chacune peut renforcer sa capacité à y faire face. Dans un contexte de volatilité durable, la capacité d’adaptation devient plus que jamais déterminante.

Source : Sandrine Jean, Conseillère de gestion - Gérer Pour Gagner Agriculture n°83

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